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jeudi 22 février 2024


Je n'ai pas d'orgasme, est-ce normal ?
Rassurez-vous : si vous vous sentez concerné(e) par le titre de cet article, sachez tout de suite qu'il n'y a rien de honteux à cela et que la réponse à la question est... oui. Si vous pensez que vous ne connaissez pas l'orgasme, vous n'êtes pour autant pas anormal(e).

D'abord et avant toute chose, l'anorgasmie, le nom scientifique donné à l'absence d'orgasme, se rencontre principalement chez les femmes pour une raison évidente : chez l'homme, l'orgasme accompagne quasiment toujours l'éjaculation ! Ponctuellement, un homme peut éjaculer sans ressentir d'orgasme, mais cela reste exceptionnel.

L'orgasme chez la femme, un mécanisme complexe

Chez la femme, l'atteinte de l'orgasme est en revanche beaucoup plus complexe et certaines femmes découvrent parfois après des années de vie sexuelle, souvent en discutant avec des amies, qu'elles n'ont jamais vraiment connu d'orgasme.

Attention : absence d'orgasme ne signifie pas absence de plaisir lors des relations sexuelles ! Encore moins, absence de désir. Simplement, la femme n'atteint pas le sommet, la fameuse "petite mort", ce quasi évanouissement caractéristique de l'orgasme, ces mouvements du corps désordonnés voire des spasmes, des gémissements ou des cris incontrôlables, suivis d'une vague de bien-être et de plénitude provoqués par la décharge hormonale qui l'accompagnent.

Si vous ne ressentez rien de ce qui est décrit plus haut, alors, en effet, vous passez probablement à côté de l'orgasme. 

Pour atteindre l'orgasme, il faut connaître son corps

Alors, pourquoi ? Il y a plein de réponses à cela, mais la principale et première d'entre elle est sûrement la méconnaissance de son corps et des mécanismes qui provoquent le plaisir et conduisent, si tout se passe bien, à l'orgasme. 

Bien des femmes découvrent l'orgasme avec un partenaire plus attentionné que ceux qu'elles ont connus jusqu'ici, un partenaire qui leur fait découvrir leur corps et les conduit à l'orgasme, parce qu'il pense à leur plaisir avant de penser à son propre plaisir. 

Masturbation : l'orgasme quasiment à tous les coups

D'autres femmes découvrent l'orgasme en apprenant à se masturber. Certaines études affirment d'ailleurs que les femmes qui se masturbent  atteignent quasiment à tous les coups l'orgasme, quand il ne survient que dans 20 à 30 % des cas lors de relations sexuelles classiques.

Il faut aussi d'ailleurs parler ici de l'orgasme vaginal, par opposition avec l'orgasme clitoridien. Le premier est plus rare et plus difficile à atteindre, quand le second se déclenche plus facilement, à partir du moment ou la femme, ou son partenaire, ont compris comment stimuler le clitoris jusqu'à l'orgasme final. Des articles, des études, prétendent que certaines femmes ne sont "que" clitoridiennes", mais elles sont régulièrement battues en brèche par d'autres études, qui soutiennent que cela n'a en fait rien d'inéluctable. 

Et l'amour dans tout cela ? C'est évidemment un facteur de taille à prendre en compte. Une femme amoureuse parviendra plus facilement à lâcher prise, à se donner, à faire confiance à son partenaire, et atteindra donc plus aisément l'orgasme. Mais à l'inverse, pour certaines, l'orgasme ne dépend pas des sentiments qu'elles ressentent pour leur partenaire, mais bien plus du contexte, y compris la transgression de certains tabous, qui peuvent stimuler leur libido et les conduire à l'orgasme.

Stress, fatigue, peur, autant d'obstacles sur la route de l'orgasme

À l'inverse, le stress, la fatigue, la peur d'avoir mal, la honte de son corps ou du sexe, sont autant d'obstacles qui peuvent empêcher la femme d'être psychologiquement dans de bonnes conditions pour atteindre l'orgasme.

En conclusion, si vous pensez que vous ne connaissez pas l'orgasme, ou avez du mal à l'atteindre, ne désespérez pas ! En apprenant à connaître votre corps, en lâchant prise, en vous masturbant ou avec un partenaire attentionné et adroit, l'orgasme est à votre portée... Et qui sait ? Peut-être pourrez-vous ensuite devenir une femme multi-orgasmique ?

   L'équipe PasseportSanté
DanyLov 

dimanche 7 septembre 2014

La confiance en l’autre

Partenaire de vie ou rencontre d’un soir, la condition nécessaire à l’orgasme est la confiance. Car l’autre, homme ou femme, a le pouvoir extraordinaire d’inhiber ou de libérer. Pour le sexologue Jean-Michel Fitremann, auteur d’ABC de la sexualité (Grancher, 2002), « le bon partenaire est celui qui ne nous met pas en danger. Il est connecté à son désir et à celui de son partenaire, il n’a ni plan ni arrière-pensée, il laisse un espace suffisant pour une création commune ». Avec lui, rien ne semble ridicule, déplacé, répétitif ou dégradant.
Faire confiance à l’autre, c’est, une fois encore, sortir des normes imposées pour s’accompagner l’un l’autre et nourrir un dialogue émotionnel qui passe par les corps. C’est aussi cesser de porter un regard sur son plaisir : « Se laisser envahir par des pseudo-savoirs du type “les hommes aiment les fellations” enlève toute chance de se rencontrer et de rencontrer l’autre, assure la psychanalyste Sophie Cadalen, auteure de Rêves de femmes : faut-il oser les fantasmes ? (Leduc.s Éditions, 2005). Mieux vaut oublier tout ça, le plaisir n’est jamais là où les lieux communs l’attendent. » Qu’est-ce que j’aime, moi ? De quoi ai-je envie, moi ? sont les seules questions à se poser.

Des fantasmes

Faire l’amour à plusieurs, dans une église, sur une plage ensoleillée… Pour parvenir à l’acmé du plaisir, nous avons tous besoin de ces petits films intérieurs excitants qui alimentent le désir. Les scénarios les plus fréquents et, selon les psychanalystes freudiens, les plus efficaces mettent en scène des situations de domination ou d’humiliation. Pour l’homme, être manipulé par une femme experte (ou, à l’inverse, dominer une pure jeune fille). Pour la femme, être prise de force.
C’est également le constat de Claude Crépault, professeur de sexologie à l’université du Québec, au Canada. Il ne s’agit pas de masochisme, plutôt de mises en scène permettant de dire : « Je ne suis en rien responsable du plaisir que je prends, je subis le désir de l’autre. »
D’après l’expert canadien, ces fantasmes sont les « plus archaïques qui soient ». Ils seraient des restes transformés de la sexualité infantile, où le désir de l’enfant se dirige vers son père ou sa mère, personnages dont il dépend et à qui il doit obéir.
Nos fantasmes les plus intimes ne donnent jamais une bonne image de nous. Ils constituent notre côté pervers, selon les freudiens.
Pourtant, contrairement aux vrais pervers qui ont besoin de les mettre en acte pour jouir, les gens dits « normaux » se satisfont presque toujours de leurs rêveries érotiques, solitaires ou partagées avec le partenaire. « Rien ne risque autant de s’effondrer qu’un désir réalisé. Le réel banalise le désir. Il le vide de sa magie », écrit Claude Crépault. Vivre dans le présent, le concret, est peut-être une clé pour mieux vivre le quotidien, mais ce n’est pas la voie royale vers l’orgasme.

L’acceptation

L’orgasme est imprévisible, voire inattendu. Et il faut accepter que le plaisir soit au rendez-vous. Ou pas… « On trouve dans l’acte sexuel des sensations uniques qui n’attendent pas l’orgasme pour exister », rassure Catherine Blanc.
Du ventre maternel, nous conservons le souvenir des mouvements de notre corps contre la paroi utérine. Le toucher des gestes amoureux nous renvoie à ce temps de douceur dans le contact des peaux. L’acte sexuel est un moment sublime d’incarnation des émotions.
À cet instant, nous semblons n’être que sensations : des frissons, de la tension, de la détente, voire des pleurs ou des rires. « L’orgasme, poursuit Catherine Blanc, ces quelques secondes de plaisir intense, n’est que l’aboutissement de tout ça. Nous devenons émotion, et là réside la jouissance. »
L’orgasme est une danse intérieure qui, pour beaucoup de femmes, n’est donnée qu’avec le temps, celui dont elles ont besoin pour se laisser aller, entrer dans l’intimité de leurs sensations, de leurs envies, de leur désir. Découvrir une dimension nouvelle de soi, laisser son corps prendre les commandes, exprimer librement sa part animale, mais aussi cultiver le jardin de ses sens et de ses fantasmes…
Accéder à la jouissance exige que l’on dépasse la connaissance superficielle et confortable que l’on a de sa sexualité pour prendre le risque de la découverte. « Nous recevons à l’adolescence un capital sexuel, mais pour en jouir de manière enrichissante, élaborée, c’est-à-dire de manière non répétitive, il va falloir l’affiner, le développer, explique le psychanalyste Gérard Bonnet, auteur de L’Irrésistible Pouvoir du sexe (Payot, 2001). C’est le travail de toute une vie. Un travail qui demande de la curiosité et de la créativité, et que l’on fait à deux. »
Se connaître pour mieux se surprendre, telle pourrait être la devise de ceux qui ne se contentent pas d’une jouissance mécanique. « La dimension ludique de la sexualité est essentielle », affirme Mireille Bonierbale, auteure, avec Nadine Grafeille et Marie Chevret-Measson, des Cinq Sens et l’Amour (Robert Laffont, 1983), médecin et sexologue. Et jouer, c’est accepter les hauts et les bas de la rencontre sexuelle. Parfois merveilleuse, parfois moins. Dans la sexualité, se fixer un but c’est partir sur une mauvaise route. Il faut accepter que s’exprime cette part de nous-même qui nous échappe.

Clitoridien ou vaginal ?

L’un n’est pas plus « adulte », supérieur à l’autre, bien que la lecture de certains essais de psychanalyse laisse croire le contraire. S’ils sont bien distincts, c’est qu’ils renvoient à des situations fantasmatiques différentes. L’orgasme clitoridien renvoie à une vision de soi phallique, active – symboliquement, le clitoris est un équivalent pénien. Il rappelle la bisexualité psychique innée de l’être humain repérée par Freud chez les enfants des deux sexes. Il peut d’ailleurs se produire dès la petite enfance, alors que la fillette, sauf en cas d’abus sexuel, ignore l’existence de son vagin. Il est « rapide, libérateur et s’inscrit dans un registre pulsionnel ».
L’orgasme vaginal, nous dit le père de la psychanalyse, exige le consentement au don de soi et la découverte de cette « passivité active » caractéristique de la sexualité féminine. Il a pu écrire, maladroitement, en 1922, qu’il signe la maturité sexuelle de la femme. Grâce à la libération progressive de la parole féminine sur la sexualité, les sexologues modernes constatent que presque toutes les femmes parviennent à obtenir un orgasme clitoridien, ne serait-ce qu’en se masturbant. En revanche, un tiers seulement accéderait à l’orgasme vaginal.
http://danylov-magazine.blogspot.com/2014/09/quest-ce-qui-declenche-lorgasme-partie-2.html

Imprévisible et fragile, la jouissance féminine est plus mystérieuse que celle de l’homme. Moins « mécanique », elle est soumise à de nombreux paramètres émotionnels qui peuvent la bloquer. Estime de soi, lâcher-prise, confiance en l’autre… Voici des clés pour mieux s’abandonner.
Rapide ou lent, intense ou fortuit, aisé ou laborieux…
L’orgasme féminin est une jouissance fragile, imprévisible, qui surgit alors qu’on ne l’attend pas ou s’éclipse en dépit de prémices prometteuses.
 
Pourquoi est-il plus difficile pour les femmes que pour les hommes ?
 
Parce que les inquiétudes des hommes reposent davantage sur le désir que sur le plaisir : non pas « vais-je jouir ? », mais « vais-je bander ? ». Les femmes savent, elles, que leur plaisir est indépendant de leur désir. Pour autant, loin des recettes faciles, on peut tenter d’en comprendre et d’en lever les blocages.

L’estime de soi

Cette confiance en soi qui aide à mieux vivre au quotidien est essentielle dans l’accès à l’orgasme féminin. En matière de sexualité, elle passe par la confiance en son corps, en l’image qu’il renvoie. Rien à voir avec un corps parfait : au contraire, l’obsession de la perfection peut créer un conflit intérieur, comme la peur de se montrer nue, le refus d’être caressée à certains endroits ou le contrôle de son image pendant l’amour… Les mensurations, la forme des seins ou la grosseur des cuisses n’ont rien à voir avec la certitude intime que le corps possède la capacité de donner et de recevoir du plaisir.
Posséder ce sentiment intime de sécurité, c’est cesser de penser l’orgasme en termes de challenge, apprendre à jouir à son rythme, ne pas se focaliser sur le plaisir du partenaire, ne pas attendre que le nôtre soit exclusivement dépendant du sien; c’est, enfin, accepter que l’orgasme soit l’expression naturelle d’une jouissance sexuelle qui n’appartient qu’à soi.
Avoir confiance en soi, c’est encore échapper au regard culpabilisant des siècles passés – « Les femmes honnêtes n’ont pas de plaisir » – et aux injonctions implicites du nôtre – « Jouissance obligatoire et dans toutes les positions ». Personne ne sait mieux que chaque femme avec qui, quand et comment elle a envie de faire l’amour. « Jouir plus que le voisin, fantasmer plus que son collègue ou avoir plus d’amants que sa copine ne peut nous mener qu’à une impasse », résume le sexothérapeute Alain Héril.

Le lâcher-prise

Pour beaucoup de femmes, le plaisir est inquiétant – psychiquement, la pénétration n’est jamais anodine. Elles ne cessent d’alterner entre envie du pénis et peur de l’intrusion. Selon les jours, selon les moments, ces deux sentiments se succèdent. « Si le plaisir est attendu et même revendiqué, avance la psychanalyste Catherine Blanc (auteure de La sexualité des femmes n’est pas celle des magazines (La Martinière, 2004)), il continue à inquiéter l’inconscient des femmes, car elles peuvent avoir peur de l’envahissement et douter de leur capacité à accueillir le sexe de l’homme. »
À cette inquiétude s’ajoute celle d’être submergée, emportée par l’orgasme, que l’on ne dénomme pas pour rien « petite mort ». Ce plaisir ne risque-t-il pas de les engloutir ?
 
Pourquoi ne parviennent-elles pas à se laisser aller à écouter cette petite voix qui les guide vers l’orgasme ?
 
Parce qu’elles craignent que cette voix ne dévoile des choses pas très agréables sur elles-mêmes, un peu dégoûtantes, même ? Ou qu’elle leur fasse prononcer des obscénités qui sortiraient de leur bouche tels les crapauds s’échappant des lèvres des méchantes filles dans les contes ?
 
Les femmes ont peur de découvrir que leur plaisir est infidèle à ce qu’elles croient et voudraient être. Lâcher ces peurs inconscientes est possible quand le cerveau peut déconnecter en vue de se concentrer sur les sensations ressenties.
 
A SUIVRE !
http://danylov-magazine.blogspot.com/2014/09/quest-ce-qui-declenche-lorgasme-partie-1.html

lundi 1 septembre 2014

Le point G de la femme reste pour certain(e)s aussi introuvable que le Saint Graal. Chez l'homme, même mystère ! Mais une zone "ultra-sensible" a pu être repérée : suivez le guide !
Le chemin du plaisir est pour le moins sinueux et semé d'embûches. Existe-t-il chez l'homme un point-clef dont la stimulation mènerait à l'orgasme à coup sûr ? Peut-être… Selon le Docteur Gérard Leleu 1, une femme avisée repérera et stimulera chez son partenaire une petite zone d'excitation, qu'il a baptisé point d'érection B (située sur le périnée, entre le scrotum et l'anus) : une pression douce et ferme apportera beaucoup de plaisir, pouvant accentuer l'érection, et même, pour un point correctement titillé, mener à l'éjaculation. De B à G, n'y a-t-il qu'un tout petit pas dans l'alphabet du sexe ? Peut-être, car si la stimulation reste superficielle, elle semble correspondre à un endroit essentiel du plaisir : la prostate ! Et s'il "n'existe aucun analogue du point G chez l'homme, certains hommes apprécient la pression sur leur prostate au cours d'un toucher (anal)" reconnaît le Dr Jean Belaïsh dans son ouvrage de référence 2.

La prostate, zone-clef du plaisir…

En effet, la prostate, cette petite glande de la forme et de la taille d'une châtaigne située sous la vessie et traversée par l'urètre, participe non seulement à la fabrication du sperme, mais aussi au plaisir et à l'éjaculation. Explication : lors de l'éjaculation après le remplissage des canaux éjaculateurs c'est la prostate qui se contracte, les sécrétions prostatiques se mêlent alors au liquide séminal 3. Puis la contraction des muscles bulbo-caverneux expulsent le sperme de manière saccadée vers l'urètre pénien. Ces saccades musculaires participent grandement à la sensation de plaisir.

Guide pratique

Certains hommes, donc, apprécieront que leur compagne stimule, par voie interne, cette région hautement stratégique dont l'origine tissulaire est, curieusement, la même que celle du fameux point G féminin ! Pour cela, la seule solution pour madame est d'introduire un doigt dans l'anus de son partenaire, pour aller repérer (grâce à sa forme caractéristique), toucher et masser la glande et ses contours située à quelques centimètres à l'intérieur du canal anal. Il faudra beaucoup de doigté et de délicatesse (ainsi qu'une bonne lubrification) pour que la stimulation soit plaisante, et ne s'apparente pas à ce que bon nombre de messieurs redoutent par dessus-tout : le toucher rectal pour examen de la prostate ! Avis aux amateurs…
1 - "Le traité des caresses", Dr Gérard Leleu, éd J'ai Lu
2 - "Questions d'hommes", Drs Jean Belaïsch et Anne de Kervasdoué,
éd Odile Jacob
3 - Ejaculation chez l'homme : Physiologie, conservation chirurgicale
de l'éjaculation, Progrès en urologie, 1999 , vol. 9 , no 2 , pp. 305 - 309,
HERMABESSIERE J. , GUY L. , BOITEUX J.-P.
 
http://danylov-magazine.blogspot.com/2014/09/les-hommes-ont-ils-un-point-g.html

mercredi 27 août 2014

"C’était comme une chorégraphie”
Simon, 43 ans
« J’avoue que je redoutais cette expérience. Ralentir, a priori, pour moi, ça voulait dire être plus lucide, plus précis aussi, donc avoir davantage de pression. J’ai été soulagé quand Alexia a décidé de mettre le cadre en place, donc, quelque part, de prendre les choses en main. Le soir venu, je me sentais un peu fébrile, un peu tendu, comme si c’était une première fois. Et puis les massages m’ont permis de me détendre et de ne pas penser à la façon dont je devrais “assurer”.
C’est idiot, mais je crois que, pour un homme, c’est très difficile de ne pas aborder la relation sexuelle par ce prisme. Être à la hauteur, ne pas décevoir, c’est quand même ce qui nous guide, quoi qu’on en dise !
Au fil des minutes, j’ai arrêté de penser et je me suis laissé aller au bien-être. Quand Alexia s’est assise en face de moi, j’étais très excité, je pouvais la caresser de mes mains et du regard, et je voyais qu’elle était dans le même état que moi. J’ai beaucoup aimé l’embrasser en la sentant plaquée contre mon torse. C’est fou comme le fait de ralentir fait ressentir des tas de choses : la température de la peau, la sueur, la chaleur du souffle…
 
Je faisais l’amour avec mes yeux, ma bouche, mes mains, ma peau. J’en ai complètement oublié mon sexe, qui faisait sa vie tout seul. Et puis, quand est venu le moment de la pénétration, c’était très naturel, sans angoisse. Là, c’était comme une chorégraphie que l’on inventait dans l’instant ; j’ai le souvenir d’un état second, comme si j’étais dans l’eau ou dans l’air.
C’est très dur à décrire, mais tout mon corps était à la fois très présent et très flottant. Concrètement, ma jouissance n’a pas été plus forte que d’habitude, mais je dirais qu’elle a été plus globale, moins localisée dans mon sexe et mon bas-ventre. Je ne sais pas si ça peut être à chaque fois comme ça ; en tout cas, avec Alexia, nous nous sommes dit que nous nous offririons régulièrement du slow sex. »
 
http://danylov-magazine.blogspot.com/2014/08/le-slow-sex-jouir-en-conscience-partie-4.html

S'interroger l'un l'autre

Arranger le lieu, se préparer à la rencontre en conscience font déjà partie du rituel amoureux. « Et le meilleur moyen pour ne pas se mettre la pression est de l’envisager comme une simple expérience sensuelle et sensorielle, conseille Mireille Dubois-Chevalier. Si celle-ci se transforme en rencontre érotique et sexuelle, c’est bien ; si elle reste sensuelle et sensorielle, c’est bien aussi. L’important est de ressentir du bien-être en profondeur et de se déconditionner de sa sexualité habituelle. »
Se masser, se caresser, se parler, explorer de nouvelles zones érogènes… Tout cela participe du slow sex. « Le but est vraiment de varier les plaisirs du corps et de s’étonner soimême, affirme Pilar Lopez. Notre cerveau n’aime pas les surprises. Or, ralentir pour inventer de nouvelles façons de ressentir le déstabilise, et c’est cela qui renouvelle l’excitation et relance le désir. »

Testez-vous !

Etes-vous à l'aise avec votre sexualité ? Faites ce test pour le savoir...
Pour autant, préviennent les professionnels, il ne s’agit pas de faire de la lenteur la nouvelle norme et le Graal de la sexualité. Une pratique plus impulsive, plus animale fait aussi partie de la sexualité humaine.
« Celle-ci possède à sa source une saine agressivité qui ne doit pas disparaître. L’important est que chaque couple puisse se sentir libre d’expérimenter joyeusement les différentes facettes de sa sexualité », conclut Alain Héril. Libre de jouir à son rythme, selon ses envies et ses humeurs. Sans obligation de résultats. Enfin !

Ils ont testé l'amour au ralenti

Alexia et Simon sont en couple depuis sept ans et ont une fille de 4 ans. Après avoir lu Slow Sex, ils ont eu envie de « faire l’amour en conscience ». Ils racontent.
"Le plaisir a été explosif”
Alexia, 36 ans
« J’ai préparé notre rendez-vous un soir où notre fille était chez ses grands-parents. Encens, bougies, musique, je n’ai lésiné sur rien. Nous étions un peu intimidés, comme si devoir aller lentement ne nous donnait pas droit au faux pas. Ce sentiment s’est dissipé quand j’ai commencé à masser Simon. Puis il m’a massée à son tour. C’était bon, mais pas superexcitant, jusqu’à ce que je m’allonge sur le dos et qu’il me masse en me regardant.
Ce face-à-face et ses gestes lents m’ont beaucoup troublée ; il l’a senti et ses gestes sont devenus plus sexuels. Nous nous sommes ensuite assis l’un en face de l’autre, mes cuisses sur les siennes, et nous nous sommes caressés le visage et embrassés. C’était à la fois sexy et amoureux, j’ai adoré ce moment.
Il s’est ensuite allongé sur le dos et je l’ai caressé avec mes mains et mon corps. Puis je l’ai chevauché et nous avons expérimenté ce que Diane Richardson appelle “changer de position en gardant la connexion entre les organes sexuels”. C’est-à-dire ne pas interrompre la pénétration en changeant de posture. Ça a été fabuleux, nous n’avions pas envie de nous détacher l’un de l’autre. Le plaisir a été explosif.
Même si nous n’allons pas faire l’amour tout le temps de cette façon, cette expérience a changé notre façon de nous toucher. Nous nous sommes rendu compte que tout le corps était érogène et que prendre son temps permettait d’intensifier les sensations, mais aussi le sentiment amoureux. »
 
http://danylov-magazine.blogspot.com/2014/08/le-slow-sex-jouir-en-conscience-partie-3.html
Pour Alain Héril, ce changement de temporalité permet également de mettre l’autre à la place de partenaire et non plus seulement à celle d’instrument de plaisir. « En ralentissant, nous devenons plus conscients de lui ou d’elle, de sa singularité, physique et émotionnelle, nous sommes dans un rapport d’altérité et d’égalité : chacun est à la fois actif et passif. »
Un postulat qui peut dans un premier temps dérouter les hommes, mais aussi les délester d’une trop lourde responsabilité. « Nombre d’entre eux se plaignent d’être celui qui porte l’entière responsabilité de l’excitation et du plaisir de leur compagne, constate le sexothérapeute ; ce rééquilibrage des rôles permet à chacun de donner et de recevoir, donc de faire baisser pression et frustration. »

Un strip-tease sophrologique

A lire aussi"Le tantra, ce n'est pas que du sexe" 
Qui dit tantra, dit sexe, pense-t-on souvent. Et la promesse d’une sexualité sacrée, de massages érotiques, ou encore de techniques pour avoir plus de plaisir… Mais cette philosophie n’ouvre pas uniquement la voie à une sexualité différente. Elle constitue aussi un véritable chemin de développement personnel. Un voyage vers soi (...).
Ralentir, c’est être davantage conscient de soi et de l’autre, mais aussi de soi sous le regard de l’autre. « Cela n’est pas si simple, surtout pour celles et ceux qui souffrent d’inhibitions et de complexes, avance Mireille Dubois-Chevalier. C’est pourquoi je recommande la pratique régulière, voire quotidienne, de la relaxation, dans son lit ou dans sa baignoire ; juste relâcher ses muscles et se sentir dans son corps, détendu. Tout simplement parce qu’un corps crispé, tendu a du mal à ressentir. Plus on se décontracte, plus on ressent ; plus on ressent, moins on se regarde et plus on s’abandonne dans un climat de confiance et de respect réciproque. »
 
Pour s’alléger, Pilar Lopez conseille de pratiquer le « strip-tease sophrologique ». Cela consiste à imaginer qu’à chaque vêtement que l’on enlève on abandonne un complexe ou un souci.
« Une fois nu, explique-t-elle, on est libéré et disponible. Cela marche très bien, les femmes qui le pratiquent n’en reviennent pas. On est ensuite prêt à se laisser guider par son corps. En lâchant les inhibitions, les attentes, les représentations pour se concentrer sur les sensations et pour en explorer de nouvelles, on se redécouvre et on se rend aussi compte que c’est nous qui restreignons notre sexualité et notre sensorialité. Le corps, lui, ne demande qu’une chose quand on fait l’amour : qu’on débranche la tête et qu’on lui laisse les rênes ! »
 
Dans l’approche slow sex, l’environnement sensoriel joue un rôle majeur. Senteurs, couleurs et matières contribuent à remettre les sens au coeur de la rencontre intime.
« Les bains, les massages prennent aussi une dimension érotique qui sacralise le moment, détaille Alain Héril. Il s’agit de s’honorer personnellement et réciproquement. Ce n’est pas un hasard si le tantrisme considère le corps comme un temple. Le décorum qui entoure la rencontre favorise de fait le ralentissement, car tout est à savourer avec nos cinq sens, et cela ne se fait évidemment pas dans la précipitation. »
 
Et si le secret d’une sexualité aussi épanouissante qu’intense était la lenteur ? C’est la conviction de la sexothérapeute américaine Diana Richardson, qui consacre son dernier livre à ce concept.
Flavia Mazelin-Salvi
 
Ralentir pour découvrir de nouvelles sensations en restant connecté à ses émotions. Selon Diana Richardson, qui enseigne le slow sex dans ses ateliers depuis 1993, il est urgent d’apprendre à redonner la parole à son corps. « Nous proposons de ralentir et d’être pleinement présents à chaque instant de la relation sexuelle au lieu de faire l’amour d’une façon si intensément tournée vers l’orgasme que nous passons à côté de la possibilité de ressentir de subtiles nuances tout au long de l’union sexuelle », écrit-elle dans l’introduction de son livre Slow Sex, faire l’amour en conscience. Une conception de la sexualité à l’opposé de notre culture dominante, qui n’associe le désir et le plaisir qu’à la pulsion et à l’excitation. 

TCHAT

Le slow sex, pourquoi et comment ? Le sexothérapeute Alain Héril a répond à toutes vos questions. Retrouvez vos échanges ici.
« Mettre de la lenteur dans la rencontre sexuelle est le fondement du tantrisme et du taoïsme, précise Alain Héril, sexothérapeute et formateur. Cette approche permet une remobilisation de nos sens, elle ouvre un espace aux émotions et affranchit, surtout les hommes, de l’obligation de performance. »
Même constat pour Mireille Dubois-Chevalier, médecin sexologue et thérapeute de couple, qui considère le ralentissement comme la « porte d’entrée en sexologie ». Que ce soit pour traiter les problèmes d’éjaculation précoce ou pour remettre du liant et du désir dans les relations au long cours. « Ce n’est pas un hasard, poursuit-elle, si les pionniers de la sexologie moderne, William Masters et Virginia Johnson, ont élaboré le sensate focus, une méthode d’exploration lente et consciente du corps, qui fait de celui-ci un laboratoire d’expérimentation sensorielle. »

Oublier la performance

Pour autant, il ne suffit pas d’être convaincu des bienfaits de la lenteur pour la mettre facilement en pratique.
« Le plus difficile est sans doute de changer de temporalité, explique Pilar Lopez, thérapeute et sophrologue. Dans notre culture, et du coup dans nos esprits, le temps doit être rentable. Y compris le temps de la sexualité, d’où un conditionnement pour aller droit au but, à savoir l’orgasme. Le slow sex, c’est exactement le contraire : le plaisir, c’est le chemin ; les caresses, le regard sont les sensations et les émotions associées. La tête et le corps ne font plus qu’un. »
 

La jouissance : un plaisir hors limites

Les sexologues ne se lassent pas de répéter que le cerveau est notre principal organe sexuel. Sans la sollicitation du vécu et des émotions qu’il a engrangées, le plaisir est condamné à rester enfermé dans ses limites corporelles.
Au-delà des différences physiologiques et psychologiques entre hommes et femmes, la jouissance exige un climat particulier fait de désir, de confiance et de respect. Impossible de s’abandonner dès lors que l’on s’attache trop au plaisir de son partenaire ou au sien propre : on réduit immanquablement l’autre à un objet de plaisir, ou soi-même, à un objet narcissique. « Pour qu’il y ait jouissance, il faut que j’aime et que je me sente aimée, explique Ericka, 33 ans. Même si ça ne dure que le temps de l’échange. Je ne peux pas envisager d’avoir du plaisir sans aimer le regard, les gestes, le corps de l’homme avec qui je fais l’amour. Sans cela, il n’y a pas pour moi de jouissance possible. »
S’il est vrai que les seuls sentiments ne suffisent pas à intensifier l’échange, lorsque sensualité, imaginaire érotique et affects sont réunis, le plaisir peut atteindre une autre dimension. Il n’est plus réduit à un réflexe mécanique, il peut devenir une expérience qui dépasse les limites corporelles. Cette plénitude dans la jouissance, Gérard Leleu n’hésite pas à la qualifier de « transcendante », au sens premier du terme : « Quand le plaisir s’inscrit dans une relation de partage et d’amour, de connaissance de soi et de l’autre, c’est l’être tout entier qui décolle. D’abord parce que, physiologiquement, on baigne dans un flot d’endomorphines, des molécules euphorisantes, et psychiquement, parce qu’on se sent vraiment en communion avec son partenaire. »
Jeanne, 39 ans, a attendu l’âge de 35 ans pour découvrir ce qu’elle appelle le « plaisir total ». « J’ai eu du plaisir sexuel au cours de mes relations, mais je ne savais pas que je pourrais un jour connaître des émotions et des sensations d’une telle intensité. Même au niveau purement physique. Il faut dire que c’est la première fois que je réunis dans une même relation passion physique et amour. Je me connais mieux, c’est un fait, mais ce que je vis avec Henri me permet de repousser chaque fois les limites du plaisir. »
Il y a une graduation dans le plaisir. On peut rester éternellement cantonné à un niveau ou choisir d’aller plus loin, plus haut. A condition de sortir de la quête de performance et en libérant ses émotions. Ce lâcher-prise dans la confiance allège les hommes des angoisses liées à leur érection et favorise une sensualité inventive qui permet aux femmes de se laisser aller pleinement à leur désir, à leur plaisir. On sait que les amants les plus sensuels, les plus inventifs, sont ceux qui explorent avec curiosité et virtuosité toute la gamme des sens et des fantasmes. Pour eux, l’essentiel n’est pas la quête de l’orgasme, mais la jouissance déclinée à l’infini dans la tête et le corps.

Orgasme simultanné : Un cadeau, pas un but

On croyait ce fantasme réservé aux films érotiques. A tort ! Le mythe de l’orgasme simultané est tenace, partagé aussi bien par la population féminine que masculine. S’il survient plus fréquemment dans les couples se connaissant bien et pouvant « se caler » assez facilement l’un sur l’autre, il peut aussi être déclenché par les manifestations de l’approche de l’orgasme de l’autre. Mais, parce qu’il exige de l’homme le contrôle de son érection et de son éjaculation, cet orgasme est souvent plus fantasmé que vécu.
C’est pourquoi dans la pratique, cet idéal de partage de la jouissance peut tourner à la course contre la montre. « Rechercher systématiquement l’orgasme simultané est une erreur, explique Jean-Luc Thoréton, sexologue. Cette démarche donne la priorité au contrôle, donc coupe l’individu de son ressenti corporel et émotionnel. »
Partager le point culminant du plaisir exige que chacun accorde son rythme à celui de l’autre. « Or, pour atteindre l’orgasme, c’est son propre rythme que l’on doit suivre, et non celui de son partenaire », poursuit le sexologue. Un avis partagé par Sylvain Mimoun, andrologue et gynécologue, qui « conseille de vivre l’orgasme simultané comme un cadeau et non d’en faire la mesure étalon d’un rapport sexuel réussi ».

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L’orgasme est l’acmé supposé du plaisir. La jouissance, elle, parle d’abandon, d’émotion, de capacité à se laisser aller à l’autre, à ses sens, à ses fantasmes. Elle englobe l’être dans son entier.
 
Plus qu’une invitation, jouir est aujourd’hui un diktat et l’orgasme, un sésame permettant d’accéder au septième ciel. Si le mot a longtemps été banni de notre vocabulaire pour cause de puritanisme judéo-chrétien, la révolution sexuelle des années 70 l’a sacralisé et banalisé. Au point qu’aujourd’hui il émaille sans complexes les dialogues de sitcoms branchés – “Ally McBeal” ou “Sex and the City” – et fait régulièrement la une des magazines.
Comment multiplier, intensifier les orgasmes ? Les variations autour du même thème foisonnent dans la presse et dans les ouvrages pratiques. Défini comme le point culminant du plaisir, l’orgasme est toujours considéré comme l’aboutissement incontournable de l’échange. Pourtant, et les sexologues sont unanimes, il y a danger à en faire la seule finalité. Car s’il ne peut y avoir jouissance complète sans orgasme, l’orgasme seul ne garantit pas la qualité et l’intensité d’une relation sexuelle.
Paradoxale et complexe, la jouissance ne saurait être réduite à une simple équation. Vaste et puissante, elle dépasse les limites du plaisir sexuel. C’est l’être tout entier qu’elle englobe, ses sens, son imaginaire, son affect.

L’orgasme : un aboutissement, pas une finalité

« Au début de ma vie sexuelle, une relation sans orgasme était impensable, raconte Maryse, 44 ans. J’étais féministe militante, et l’orgasme était carrément une revendication politique après des siècles d’oppression de la sexualité féminine. C’est avec le temps et une autre conception des relations homme-femme que j’ai changé de sexualité. Aujourd’hui, je privilégie la qualité de la relation érotique. La variété des caresses, l’imaginaire, les fantasmes sont primordiaux. Je ne cours plus après l’orgasme qui, cela dit, vient plus facilement maintenant. »
Pour les sexologues, c’est cette course qui empêche la relation sexuelle de s’exprimer pleinement. « Lorsqu’on se fixe un but en matière de sexualité, on risque fort de passer à côté du plaisir, rappelle le sexologue Gérard Leleu, auteur du Jardin des caresses (Flammarion). Quand seul le mental est aux commandes, il bride le corps et les émotions. »
Antoine, 43 ans, se souvient de l’angoisse qui accompagnait toutes ses relations sexuelles. La crainte de ne pas donner suffisamment de plaisir à sa partenaire l’empêchait d’être entièrement présent dans la relation. « Je guettais sa moindre réaction, j’avais peur de ne pas être à la hauteur, et si elle ne manifestait pas bruyamment son plaisir, j’en déduisais que j’étais passé à côté. Je ne suis pas encore débarrassé de cette crainte, mais je la gère mieux, je suis moins à l’affût et, l’expérience aidant, je suis plus sûr de mes compétences. »
C’est dans les premières années de la vie sexuelle que l’orgasme occupe la position centrale de la relation et qu’il est considéré comme le baromètre d’un rapport sexuel réussi. Une connaissance de soi et de l’autre insuffisante fait que le plaisir est souvent très aléatoire pour les femmes et difficilement contrôlable pour les hommes. « Lorsque j’avais 20 ans, se souvient Eric, qui en a aujourd’hui 36, j’étais très égoïste, comme la plupart de mes copains. Seul mon plaisir comptait, j’étais plus chasseur qu’amant. Aujourd’hui, jouir sans me soucier du plaisir de ma partenaire me semble impensable, au point que je peux jouir du plaisir que je lui donne. »

Hommes et femmes, des enjeux différents

Selon les sexologues, la génération d’après-68 a, dans son ensemble, intégré la notion d’échange du plaisir, même si le désir d’orgasme pour soi et pour l’autre reste le but premier de la relation sexuelle. Dans le rapport Spira (In La Sexualité aux temps du sida (Puf, 1998), lire chapitre du sociologue Michel Bozon), une étude sur la sexualité des Français, le sexologue et sociologue André Béjin rappelle que, si la notion des échanges d’orgasmes entre femmes et hommes demeure la norme, elle reste néanmoins plus présente chez ces derniers.
Ce qui ne signifie évidemment pas que les femmes ne sont pas à recherche de l’orgasme au cours du rapport sexuel. Mais leur rapport au plaisir est différent : elles seraient naturellement plus axées sur la jouissance, et leur notion du plaisir serait plus difficilement dissociable du climat sensuel et affectif de la relation sexuelle. « Si une femme ne connaît pas l’orgasme au cours du rapport, mais que la relation a été vécue sensuellement et émotionnellement comme gratifiante, elle ne sera pas ressentie comme un échec », explique Gérard Leleu. Contrairement à une large majorité d’hommes, pour qui éjaculation et orgasme restent une finalité et l’expression d’un rapport sexuel réussi. Toujours dans le rapport Spira, on apprend que les femmes seraient moins nombreuses que les hommes, à toutes les étapes de la vie en couple, à dire qu’elles ont eu un orgasme au cours de leur dernier rapport. Et seules 35 % d’entre elles déclarent avoir eu un orgasme au cours de chaque rapport sexuel.
« Faire l’amour est quelquefois plus sensuel que sexuel, ou l’inverse, confie Françoise, 36 ans. J’apprécie les deux. Ce n’est pas la même jouissance. On ne réagit jamais de la même façon, ni dans son corps ni dans sa tête. J’ai connu des orgasmes très violents, mais que je vivais seulement sur le plan physique, et des moments de pure sensualité, sans “pic” de plaisir mais qui m’ont bouleversée. »
Si on peut compter les orgasmes ou comparer leur intensité, la jouissance, elle, est plus subjective. Elle parle d’abandon, d’émotions, de capacité à se laisser aller à l’autre, à ses fantasmes et à ses sens. La magie de la jouissance réside, pour les hommes comme pour les femmes, dans l’incessante fluctuation entre désir et plaisir. Dans cet échange intime, à l’alchimie mouvante et complexe, un geste, un mot ou un regard ont le pouvoir de relancer le désir au cœur même du plaisir. « Lorsque mon amant me lèche le ventre, ça peut être beaucoup plus fort qu’un orgasme génital, dit Anna, 37 ans. Je peux jouir de mille façons. Avec ou sans orgasmes. L’essentiel est que je me sente touchée dans ce que j’ai de plus intime. »

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“C’est en riant que nous nous sommes dévêtus”

Dominique, chef de rayon, premier orgasme à 45 ans
« C’est un des beaux cadeaux que m’a fait la vie. Tardif mais inespéré, six mois après mon divorce. Le sexe avec mon mari tenait à la fois de la tendresse et de la formalité. S’il espérait plus de moi, il ne me l’a jamais demandé. Quand cet homme de dix ans mon cadet m’a regardé comme un sapin de Noël, dans un dîner, je me suis sentie revivre. Il me donnait un avenir. Nous avons discuté toute la soirée. J’étais fascinée par son élocution, son humour. C’est en riant que nous sommes arrivés dans le studio qui jouxtait sa petite librairie. En riant que nous nous sommes dévêtus. C’était naturel, sans réserve ni mouvements de recul ou de gêne… Incroyable, cette aisance avec laquelle ses mains m’accaparaient. Il aimait “la” femme, toutes les femmes, c’était une évidence. Je n’avais jamais rencontré un être charnellement si libre et je suis rentrée dans son jeu. Non seulement j’ai joui pour la première fois, mais j’ai senti un liquide tiède couler abondamment de mon sexe. Il a eu l’air de trouver cela normal. “Tu es sensuelle, une femme fontaine”, m’a-t-il dit. »

Outils : Quand l’accessoire fait l’essentiel

Etonnantes Françaises, qui sont tout de même 7 % à utiliser un accessoire pour se procurer du plaisir (contre 4 % des Américaines) (Enquête Spira, 1992). Approuvées en cela par la sexologue Barbara Keesling (auteur du Super Orgasme au féminin (Albin Michel), qui conseille le vibromasseur pour explorer les zones érogènes féminines et stimuler l’orgasme. Un bémol toutefois : le risque d’insensibilisation à l’acte sexuel, quand la femme s’habitue à la forte intensité des vibrations de l’appareil. De forme allongée, le vibromasseur peut ressembler à un pénis et se trouve dans diverses tailles, couleurs et textures, plastique rigide ou élastomère souple. Les modèles les plus récents sont équipés d’un variateur d’intensité. En vente dans les sex-shop, catalogues de vente par correspondance et sur Internet (www.1000folies.com).

Simuler : Une dangereuse bombe à retardement

De façon générale, simuler la jouissance répond au besoin de donner à son partenaire les preuves de sa compétence. Dans sa version légère, la simulation se traduit par une exagération des manifestations d’un plaisir réel mais modéré, elle peut agir comme un stimulant qui relance le jeu érotique. Mais lorsqu’elle est chronique, elle envoie à l’autre un message totalement erroné, signe pour les sexologues d’une mauvaise relation dans le couple. Le manque d’intimité et les jeux de domination-soumission remplacent alors confiance et lâcher-prise.
Il arrive aussi que les hommes y aient recours – même s’il est difficile de simuler une érection, comme le rappelait judicieusement Woody Allen. « Cela peut être inconscient, précise le docteur Jean-Luc Thoréton, sexologue. Les trois quarts des hommes confondent éjaculation et orgasme, parce qu’ils n’ont jamais connu ce dernier. Ils vont donc exagérer ce qui n’est qu’une sensation mécanique agréable et la faire passer pour le summum de la jouissance. Mais ce peut être aussi, à l’instar des femmes, une façon de rassurer sa partenaire et de se l’attacher. »
Quand elle est systématique, la simulation est une bombe à retardement qui se retourne invariablement contre qui la pratique. « Les femmes ont tout à perdre à s’y adonner, poursuit le sexologue. C’est la meilleure façon de faire une croix sur le plaisir et d’empêcher la sexualité et la relation amoureuse de progresser et de mûrir. »

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“Le soir en m’endormant, je frottais doucement mon pubis contre mon polochon”

Ariane, mère au foyer, premier orgasme à 15 ans
« Le plus naturellement du monde. Avec mon polochon. J’avais pris l’habitude de m’endormir en le tenant dans mes bras et je frottais doucement mon pubis contre lui. J’ai amplifié ce mouvement au fil des nuits, en serrant de plus en plus mes jambes et en y prenant de plus en plus de plaisir. Jusqu’à me retrouver tendue comme un arc sur la bouffée de chaleur qui m’a violemment traversé le corps.
Le lendemain, un peu inquiète, j’en ai parlé à ma mère. Elle m’a expliqué en riant que j’étais précoce, mais que je ne devais pas trop abuser de cette pratique destinée plus tard à apprendre le plaisir avec un homme. Je n’ai pas suivi son conseil, bien au contraire. »

“Dans le refuge, pour ne pas réveiller les copains, il a posé sa main sur ma bouche”

Priscilla, monitrice de ski, premier orgasme à 21 ans
« Il y a trois ans, j’effectuais une randonnée en montagne, accompagnée de quelques copains et de Camille, mon fiancé. La marche avait été dure. Epuisée par la fatigue, je somnolais sur la plus haute des couchettes du refuge. Au milieu de la nuit, Camille est venu me rejoindre. Il a commencé à me caresser, avec une douceur, une lenteur inhabituelles, sans doute pour ne pas réveiller les copains. Je pensais que, dans cette proximité, il n’oserait pas me faire l’amour. Je restais concentrée sur le plaisir qu’il me donnait. Pour étouffer mes gémissements naissants, il a appuyé sa main sur ma bouche, arrêtant de me caresser quand je réagissais trop violemment et reprenant dès que j’étais calmée. A ce petit jeu, mon corps est devenu incontrôlable, avide. Et quand il m’a pénétré, j’ai joui pour la première fois. Un basculement de tout mon être, dans un ailleurs rayonnant, lumineux. Il paraît que j’ai crié. Je n’ai pas bien compris alors ce qui m’arrivait. Etait-ce dû à mon état de fatigue, à ce long moment caressant, à l’ambiguïté de la présence des autres ? Toujours est-il que j’ai tiré la leçon de cet apprentissage. Je ne suis pas devenue une adepte des “parties collectives”, mais j’aime depuis soigner les prémices : ambiance érotique, bougies, caresses et fuite, effeuillage des sous-vêtements… »

“Je me suis abandonnée, stimulée par ce mauvais garçon frappé d’interdit”

Florence, créatrice de bijoux, premier orgasme à 18 ans
« Dans le décor de mon premier orgasme, on aurait pu tourner “Les Misérables”. J’avais volé les clés de la septuagénaire qui habitait le grenier et, dans son haut lit de bois sombre aux ressorts rouillés, la tiédeur qui sommeillait dans mon ventre a viré vermillon. Un feu à décapiter le Christ en croix cloué au mur. Vif et éternel. C’est ça, l’orgasme. Une chaleur qui monte jusqu’aux oreilles, déborde l’être et le bascule dans l’oubli de lui-même jusqu’à effleurer l’au-delà. Après, on se retrouve tel un noyé ramené lentement à la réalité de la berge.
Lui : un mauvais garçon, dont l’attrait défendu n’en avait que plus d’intérêt. J’étais jeune, narcissique et ambitieuse. Et je crois que la force de cette jouissance n’était pas seulement due au plaisir de m’enrouler autour de ce beau garçon. Il bénéficiait d’une certaine aura, à la fois de rébellion et de charme. Toutes mes amies en étaient folles et mes parents m’avaient mis en garde contre lui. Mais il m’avait promis d’assurer mon hébergement à la ville pour que je m’inscrive dans une école spécialisée, ce que mes parents n’étaient pas en mesure d’assumer. Je crois que je me suis abandonnée dans ses bras, à tout ce qu’il représentait pour moi d’avenir et de défi, à ce désir qu’il avait pour moi comme à ma propre capacité de séduction, stimulée par ce lieu et cet homme frappés d’interdits. La jouissance n’est pas qu’une poussée d’hormones. Tout ce que l’on est à ce moment-là, tout ce que l’autre représente, ou la couleur des rideaux comptent aussi. »

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L’orgasme est une mécanique fragile, et lente est la montée qui mène au feu d’artifice. Précoces ou tardives, six femmes nous confient leur envol : quand leur plaisir est devenu jouissance.
Drôle de jouissance : à portée de main et parfois totalement rebelle à s’exprimer. Le premier orgasme, c’est souvent seule, en se caressant, qu’une femme l’éprouve. L’obtention en est aisée, presque automatique, mais voilà que, face à l’autre – le partenaire, l’homme – ce qui tient d’une montée solitaire contrôlée peut devenir un Everest inatteignable. Mécanique, mais mécanique fragile exposée aux émois et tensions du rapport amoureux. Alors la vraie première fois se fait parfois attendre, longtemps après la première pénétration. Et prend par surprise – un pommeau de douche, les aiguilles d’un acupuncteur, un amant un peu voyou. Les circonstances sont fantasques qui déclenchent le basculement vers la jouissance. Cette révélation de l’embrasement, les femmes s’en souviennent généralement. Elles disent leur étonnement face à cette force qui s’exprimait en elles et dont certaines n’avaient eu que l’intuition. Voici le récit de premières envolées.

“J’étais seule dans un jacuzzi surplombant la mer”

Eléonore, agent immobilier, premier orgasme à 24 ans
« Trois petits copains, avec lesquels j’avais adoré faire l’amour, confortait ma certitude d’être sexuellement épanouie. Encore que… Aucune femme n’a de référence, d’unité de mesure pour contrôler la normalité de son plaisir.
Un jour, en Californie, seule dans un jacuzzi surplombant la mer, j’ai collé mon sexe tout à fait par hasard sur le jet propulsant l’eau bouillonnante du bain. Le plaisir que j’ai ressenti m’a incitée à garder la position. Et là, le coucher du soleil a explosé dans mon corps. Un orgasme d’une force inouïe. Jamais je n’avais connu ce complet embrasement qui semble venir de loin, du fond de soi-même, qui soulève le corps et rayonne presque au-delà de lui. Une tension sourde contractant le bas-ventre, déclenchant une série de spasmes qui montent dans le corps, se diffusent en lui, avant que n’éclate dans la tête un véritable feu d’artifice. Sidérée, j’ai recommencé. Deux fois, trois fois, quatre fois… ça marchait à tous les coups. Génial ! Finalement, me suis-je dit, tout cela n’est qu’une histoire de crispation. Elle est moins évidente avec un homme, parce qu’on se confronte alors, dans le même temps, au rapport à autrui. On est moins libre. J’ai bien mis trois ou quatre ans avant de retrouver avec eux cette intensité. Et je suis restée une adepte du vibromasseur dans mes moments de solitude, en voyage ou quand j’ai du mal à m’endormir. »

“L’acupuncteur a planté ses dernières aiguilles et…”

Marion, journaliste, premier orgasme à 27 ans
« Ses mains volettent sur mon anatomie, raidie à l’horizontale sur la table d’auscultation. Le vieil homme plante ses dernières aiguilles : chevilles, poignets, pourtour du sexe et des seins, et plonge son œil malicieux dans le mien. “Votre pupille s’agrandit déjà. Ça va démarrer dans trois minutes.” Il file à petit pas, dos voûté secoué d’un rire léger. “Je vous laisse seule… J’en ai fait jouir plus d’une.” Transformée en pelote d’épingles, je fixe, incrédule et crispée, le plafond laqué. Ma peau picote. J’attends. Les picotements s’intensifient, la chaleur monte. Mon ventre s’alourdit, se contracte. Presque une douleur. Mes seins se tendent. Une légère fièvre rampe le long de ma colonne vertébrale et s’étale en trois vagues… Une vague douce qui s’éteint au plat du ventre… Une seconde, qui se dissipe à peine née… Une troisième un peu plus intense, qui se casse, sèche, au creux de mes reins. Le petit homme à lunettes est revenu. Il arrache ses aiguilles d’argent. “Ça a marché ! Elle est rouge jusqu’aux oreilles. Vous reviendrez trois fois, ça vous apprendra à jouer les femmes frigides.”
C’est à cet acupuncteur que je dois mon premier orgasme, certes limité, mais libérateur. J’avais choisi de consulter ce thérapeute, poussée par une amie inquiète pour moi. J’avais eu deux enfants trop tôt, avant même de connaître le plaisir, et je m’étais fermée à lui. Durant les deux séances suivantes, non seulement l’orgasme s’est amplifié, mais la chaleur ne s’est pas dissipée.
Les aiguilles ont réveillé en moi cette zone corporelle qui ne vivait pas. Quelque chose de voluptueux m’habitait. Les hommes autour de moi l’ont-ils senti ou bien les ai-je regardés d’un œil plus gourmand ? Toujours est-il que je suis allée vers l’un d’eux avec désir puis jouissance. Et puis, j’ai compris que l’orgasme était mécanique, indépendant de l’autre sexe et des sentiments que je pouvais éprouver. Qu’il venait de moi, de ma capacité d’abandon, de ma capacité à chercher le plaisir – égoïstement – et à le suivre. »

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Récit : “Soudain j’ai crié”
  • Jouir avec ou sans orgasme
  • Blocage : la frigidité, c’est rare
  • 9 réponses aux questions que l’on se pose sur l’orgasme
  • Savez-vous atteindre l'orgasme ?
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    Alain Héril est psychothérapeute et sexothérapeute. Il était notre invité lors d'un Chat consacré à l'orgasme. Voici les principaux points qu'il a évoqués avec vous concernant la jouissance sexuelle.
    Est ce que l'orgasme est le même pour toutes ? Procure-t-il les mêmes sensations à toutes les femmes ?

    Alain Héril : L'orgasme n'est pas le même pour toutes et heureusement ! Sinon cela voudrait dire que chaque femme fonctionne de la même manière que les autres. Les sensations sont différentes de l'une à l'autre et chaque moment sexuel a sa particularité. On peut même dire que nous avons plusieurs types de sexualité et que nous mettons un mode de fonctionnement plus en avant qu'un autre en fonction du partenaire, de l'humeur, de l'environnement...
     
    Même quand le désir est là et que le partenaire est parfait, pourquoi est-il parfois impossible d'atteindre l'orgasme ?
    Alain Héril : Pourquoi faudrait-il atteindre l'orgasme à chaque relation sexuelle ? Ce n'est pas une course, ni une épreuve... Parfois, un moment sexuel sans orgasme est plus puissant qu'une relation sexuelle avec un orgasme mécanique et sans âme... Ce qui est important dans la sexualité, c'est la recherche de la diversité. Diversité dans le temps du rapport, diversité dans les jeux sexuels, diversité dans les moments de la journée... C'est un moment de créativité pas une finale olympique !
     
    Existe-t-il une méthode infaillible qui amène à la jouissance ?
    Alain Héril : Non il n'y a pas de méthode infaillible ! N'oubliez pas que l'acte sexuel est une question de rencontre. Nous ne sommes pas essentiellement des "machines à jouir", mais aussi des êtres d'émotions. Plus la rencontre et l'échange sont forts, plus on se donne la possibilité d'une "aventure orgasmique" forte.
     
    Peut-on avoir des orgasmes sans être amoureux de son partenaire ?
    Alain Héril : Oui, on peut avoir des orgasmes sans être amoureux. On peut aussi en avoir en étant amoureux ! Tout dépend de comment on s'engage dans une relation sexuelle et de ce que l'on en attend que celle-ci soit furtive, provisoire ou avec un compagnon officiel.
     
    Que pouvez-vous nous dire sur le point G ?
    Alain Héril : J'ai longtemps été sceptique quant au point G. Mais je dois reconnaître que c'est bien une partie existante de l'anatomie intime de la femme. Ceci étant, il n'a pas la même superficie d'une femme à l'autre et il ne réagit pas toujours de la même façon ! Nous ne sommes pas des robots mais des êtres faits de sensibilité et d'émotion et cela joue même dans l'utilisation du point G. Pour savoir où il se situe, je vous renvoie aux livres écrits sur le sujet. En général c'est assez bien expliqué.
     
    Combien de temps faut il pour atteindre l’orgasme ?
    Alain Héril : Il n'y a pas de règle ! Un orgasme peut s'atteindre en un minute comme arriver au bout d'une demi-heure et ce n'est pas le temps qu'il met à venir qui détermine son intensité. Nous ne sommes pas une "mécanique" sexuelle mais faits de sensibilité, de sensations et d'émotions... et l'orgasme est une émotion majeure !
     
    http://danylov-magazine.blogspot.com/2014/08/orgasme-en-avoir-ou-pas.html

    Quels sont, pour l’heure, les traitements existants face aux troubles sexuels féminins ?

    O.B : Que cela soit pour les troubles de l’orgasme ou les baisses de libido, il n’en existe actuellement aucun. On peut proposer aux femmes des masturbations dirigées ou un traitement hormonal. Le problème, c’est que l’hormone de la libido étant la testostérone, on ne peut pas trop leur en administrer car cela implique trop d’effets secondaires. Il faut chercher. Du côté d’ovules de testostérone par exemple, ou d’une molécule qui favoriserait l’orgasme. Attention, il ne s’agit pas de faire de la médicalisation à outrance, mais de la recherche afin de trouver des possibilités de traitement. On a par ailleurs découvert que certaines pilules contraceptives et certains antidépresseurs pouvaient être très néfastes pour la libido.
     
    On entend souvent parler du lâcher-prise nécessaire à l’orgasme. En quoi s’agit-il d’un facteur essentiel au déclenchement du plaisir féminin ?
    O.B : Pendant l’orgasme, il y a un reflux de sang dans les zones frontales du cerveau, qui correspondent au lâcher-prise. Mais le cerveau ne peut arriver tout seul à cet état. La femme doit l’y aider. Une chose impossible à faire si elle est ailleurs, qu’elle pense à ce qu’elle va faire à manger le soir ou à quelqu’un qui l’a contrariée. Il faut vraiment être très réceptive pour que le phénomène se produise. De même, une femme qui pense que le sexe, c’est sale, que c’est laid, ne va pas réussir à s’ouvrir à son partenaire et à la jouissance.
     
    Vous citez dans votre livre (Odile Buisson est l’auteure, avec Pierre Foldès, de "Qui a peur du point G ? Le plaisir féminin, une angoisse masculine" (Jean-Claude Gawsewitch, février 2011)) l’exemple de femmes qui n’osent pas toucher leur corps ou partir à la découverte de leur sexe. Vous parlez de cette méconnaissance comme du « manque premier » des femmes. Pourquoi ?
    O.B : Beaucoup de femmes n’ont jamais exploré leur vagin. Certaines parce qu’elles ont été abusées dans leur jeunesse, d’autres parce qu’elles ont mal en raison, souvent, de périnées très toniques. D’autres encore ont peur. Honte parfois aussi de leurs organes génitaux, de leur règles. Et c’est souvent ce qu’elles ont entendu. A combien de petites filles a t-on dit ‘cache ta petite fleur, n’y touche pas, ce n’est pas beau, c’est sale’ alors qu’en face, on s’enthousiasme devant le zizi des petits garçons ? Il y a un véritable enseignement à faire. D’autant que la pornographie crée une fausse représentation de la sexualité. Les adolescents la regardent, les parents osent à peine effleurer le sujet et il n’y a quasiment pas d’enseignement à l’école. Mon fils, par exemple, a 14 ans. Dans ses livres de SVT, le clitoris est confondu avec le mont pubis ! Ce qui touche au plaisir est considéré comme relevant de la gaudriole, de l’intimité honteuse. Alors que la sexualité est une pulsion de vie.
     
    http://danylov-magazine.blogspot.com/2014/08/lorgasme-ce-nest-pas-que-dans-la-tete_59.html
    Vous dites qu’il faut absolument dissocier le point G de l’orgasme. Pourquoi ?
    O.B : Si le fait de stimuler cette région produit un orgasme, tant mieux. Sinon, il faut essayer le clitoris externe ou d’autres pratiques. La caresse d’une oreille ou une main passée dans les cheveux peut suffire à déclencher un orgasme. Tout comme les rêves. Il y a aussi des femmes, peu nombreuses, qui arrivent à se l’autosuggérer. Réduire l’orgasme au point G, c’est se priver de toutes ces possibilités. En matière de sexualité, il n’y a pas de recettes de cuisine. Et heureusement ! L’orgasme nécessite un apprentissage et surtout, un dialogue, un partage, avec son partenaire.

    Osez le clito !

    C'est le nom de la campagne choc lancée par l'association Osez le féminisme !. L'idée : réhabiliter cet organe trop souvent oublié. Odile Buisson nous explique pourquoi elle soutient cette campagne.
     
    Il y a, autour de l’orgasme féminin, beaucoup d’idées reçues. Première d’entre elle : l’orgasme des femmes, c’est dans la tête…
     
    O.B : Il est vrai que l’orgasme est un phénomène cérébral. Le clitoris étant l’une des gâchettes – et non la seule – pour y accéder. Je suis d’accord que l’on n’orgasme pas avec son clitoris seul mais l’on ne fait pas non plus l’amour qu’avec son cerveau. Cette pensée date des années 70. Pour les sexologues américains Masters et Johnson, 90% des troubles de l’orgasme étaient d’origine psychique. Bien sûr que les facteurs psychiques, éducatifs, sociaux ou encore religieux entrent en ligne de compte. Mais on ne peut pas tout mettre sur le compte du psychogène.
     
    Il existe aussi des facteurs organiques. Par exemple, le diabète, qui abîme les vaisseaux et qui va sûrement endommager les organes génitaux. S’il empêche un homme d’avoir une érection, il va, de la même façon, nuire au bon déroulement des phénomènes d’excitation chez la femme. De même, de plus en plus de femmes osent venir nous dire qu’elles ont des douleurs électriques, des tensions au niveau du clitoris, ou qu’elles ont des symptômes d’excitation permanente. Certaines ont chuté étant petites sur le pommeau de leur selle de poney ou de vélo, et souffrent d’une lésion qui n’a jamais été réparée, d’où une insensibilité… Toutes ces causes organiques devraient être étudiées. La souffrance sexuelle, et il en existe beaucoup, est une source de désharmonie dans la vie, de maux psychiques et physiques. Mais on continue de considérer qu’elle dépend du privé, alors qu’elle relève du champ médical, que cela soit de la science du corps et/ou de la psyché.
     
    Non, la jouissance des femmes n'est pas que cérébrale ! Odile Buisson, gynécologue-obstétricienne et auteure de Qui a peur du point G ?, a réalisé les premières échographies du clitoris. Point G, orgasmes clitoridiens ou vaginaux, troubles sexuels... Le point avec elle sur le si mystérieux plaisir féminin.
    Propos recueillis par Margaux Rambert
        
    On distingue souvent l’orgasme clitoridien de l’orgasme vaginal. Mais lors des échographies que vous avez réalisées, vous vous êtes rendue compte que le clitoris était également stimulé lors de la pénétration vaginale. L'orgasme vaginal existe-t-il réellement ?
    Odile Buisson : Depuis longtemps, les femmes décrivaient deux types d’orgasmes. L’un chaud, électrique ; l’autre plus lancinant, voluptueux, profond. L’un, souvent appelé ‘clitoridien’, l’autre ‘vaginal’. En réalisant des échographies du clitoris lors de masturbations, je me suis aperçue que lorsque l’intérieur du vagin était stimulé, la racine du clitoris s’abaissait sur sa partie antérieure. L’orgasme dit ‘vaginal’ a donc une origine clitoridienne. Les différences de perception s’expliquent par le fait que ce ne sont pas les mêmes structures du clitoris qui sont stimulées.
     
    De quoi déculpabiliser toutes celles qui désespèrent de ne pas atteindre l’orgasme vaginal…
    O.B : Ce diktat de la jouissance est dommageable. D’un côté, il y a les femmes qui pensent qu’elles doivent à tout prix jouir par leur vagin. De l’autre, les hommes, qui ont peur : de ne pas tenir leur érection, de ne pas satisfaire leur partenaire, que celle-ci simule… Un sexologue me confiait que certaines allaient jusqu’à leur demander des orgasmes multiples ! Cela fait beaucoup de pression pour un acte naturel. Il faut arrêter tout cela. Il n’y a pas une zone qui est mieux que les autres. Cela dépend de chacun. Il suffit de trouver ce qui marche.
     
    Et le fameux point G ?
    O.B : Mécaniquement, il s’explique. Pour moi, il s’agit du point de contact entre la partie antérieure du vagin et le clitoris. Je préfère d’ailleurs parler de zone G. Mais si vous jouissez par ailleurs, c’est aussi bien. Le principal, c’est d’y trouver son compte. D’autant que parfois, on peut avoir un rapport complètement réussi sans orgasme, ou, de l’autre côté, un rapport avec un orgasme mécanique à la clé mais avec un partenaire qui ne vous inspire pas.
     
    L’idée reçue. Malgré l’abondance d’informations sur la sexualité, nous sommes encore victimes de préjugés qui peuvent compliquer notre vie sexuelle. Chaque mois, Catherine Blanc, sexologue et psychanalyste, remet à sa place l’une de ces croyances.
     
    Comment ne pas inviter hommes et femmes à s’abandonner à cette délicieuse et troublante aventure qu’est l’orgasme, à ce merveilleux élan de liberté tant physique que psychique ? Pourtant, quand l’orgasme devient non pas un aboutissement mais un but à atteindre, une performance à accomplir pour se rassurer ou pour plaire, toutes les conditions sont réunies pour « rater le coche » !
     
    Et alors ?
     
    Avant de parler d’orgasme, est-ce qu’il n’est pas important de mesurer à quel point la sexualité est un moment de complicité et de plaisirs au pluriel ? Qu’il s’agisse d’une rencontre sexuelle d’un soir ou d’un long parcours amoureux, que les amants aient pris le temps de se connaître ou qu’ils ne comptent que sur leur désir réciproque, on trouve dans l’acte sexuel des sensations uniques qui n’attendent pas l’orgasme pour exister.

    Peau contre peau

    Du ventre maternel, nous gardons le souvenir des mouvements de notre corps contre la paroi utérine. Le toucher des gestes amoureux nous renvoie à ce temps de douceur dans le contact des peaux. Dans le plaisir de s’approprier le corps de l’autre, d’être à la fois celui qui se donne et celui qui prend le corps, on retrouve ce côté contenant-contenu des premiers temps de notre vie fœtale. C’est aussi la rencontre de deux histoires, à l’origine des libertés et des inhibitions des corps, que la sexualité vient bousculer, proposant des possibilités soudaines, et d’autant plus précieuses qu’elles sont souvent fugaces.

    Ton corps, mon objet

    Mais dans la gamme des plaisirs, on compte également la notion de pouvoir. Masculin ou féminin, le corps de l’autre est mon objet, à moi, à cet instant. Il n’y a que dans l’amour que l’on puisse ressentir que l’autre nous appartient. Je m’offre à lui et je me soumets à sa toute-puissance, celle de me troubler, de m’exciter, de me faire rêver. Si je ne lui demande qu’un orgasme, je le réduis à une sorte de machine à jouir, de godemiché amélioré.

    Devenons émotions

    Car l’acte sexuel est un moment sublime d’incarnation des émotions. A cet instant, nous ne manifestons pas nos émotions par des mots mais par des sensations : le frisson, la tension, la détente, voire le rire ou les pleurs. L’orgasme, ces quelques secondes de plaisir intense, n’est que l’aboutissement de tout ça, l’écho de tout ce qui a préexisté. Nous devenons émotion. Et là réside la jouissance. L’orgasme est un formidable voyage, pas une simple destination.

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